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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 14:43
Le 9 juillet 1944 crash du
Focke Wulf 200 C4
du III ème KG 40
Le dimanche 9 juillet 1944, 5 H 45, un quadrimoteur Fock Wulf 200 C4 s’écrase au sol en plein milieu d’un bois, sur le territoire de la commune de Saint Nicolas des Biefs dans l’Allier.
D’après les constatations sur le terrain, l’avion aurait commencé à toucher les cimes des hêtres à environ 1000 mètres d’altitude. On peut signaler que la ligne de crête lui permettant de passer sans encombre était à 1070 mètres.

                                 DSCN3955-PHOTOSHOP.jpg
Basé au camp militaire de Fontenet à proximité de Saint Jean d’Angély, en date du 8 juillet 1944, moi H.K pilote de Focke Wulf 200 “  le Magnifique ” comme je l’avais surnommé, et trois de mes camarades de bord prenions connaissance d’une mission qui nous amènerait à quitter la France.
Elle consistait à embarquer  huit militaires et une cargaison à ce jour inconnue, pour partir le lendemain en direction de Trondheim-Vaernes en Norvège à un peu plus de 2000 kilomètres à vol d’oiseau. C’était les prémices du démantèlement de ma compagnie, le Kampfgeschwader 40 ou KG 40.
En effet, l’ennemi était de plus en plus organisé pour faire face à  nos attaques contre leurs navires, nous subissions de nombreuses pertes et les améliorations de nos moyens de communication avec les sous marins et les évolutions de nos machines n’apportèrent pas le succès escompté.
Comme à l’accoutumée, nous effectuons mon équipage et moi - même les formalités de vol nécessaires à cette liaison, et les mécaniciens entre autre, les opérations de plein de carburant, mise à niveau, vérification et ajustement des armes et munitions.
Le plan de vol prévoyait une légère bifurcation à hauteur de Roanne soit 410 km après notre décollage, pour contourner la Suisse via Dijon .Nous partions en effectif réduit car il s’agissait d’une mission de changement de garnison et non une mission militaire à proprement dite. Cela enlevait un peu de pression, mais nous devions rester néanmoins vigilants. En parlant d’oiseau, pour notre appareil, cette distance paraissait anecdotique au vu des performances de notre machine. Avec une météo clémente annoncée le lendemain, plus de huit heures de vol seraient nécessaires pour accomplir notre devoir.
Soulagés que notre journée s’achève dans l’euphorie et le sentiment d’impunité envers l’ennemi, nous allons nous coucher dans les baraquements.
Le fret fut chargé dans la nuit et ce n’est qu’au petit matin que je vis arrimées dans la soute une moto, des pièces d’Automobile Française CITROEN, divers matériel, bien sanglés et quelques caisses de Cognac.
Petit matin en effet, il était à peine 4 heures ce 9 juillet 1944 quand je mis le nez dehors. Il faisait encore nuit. Nous devrions voir le soleil se lever vue du ciel. C’était un privilège, et cela nous donnerait probablement du baume au cœur malgré ces périodes de tension. Une fraîcheur relative s’emparait de mon visage, et un air vivifiant emplissait mes poumons. Pour être honnête, la nuit avait été courte, car à l’idée qu’un démantèlement avait lieu, le sommeil tarda à venir. C’était l’espoir que la guerre se termine enfin.
Mes camarades d’équipage me rejoignent un à un ainsi que 8 autres militaires passagers.
4 h 00, après d’ultimes  vérifications le décollage est imminent. Tout est ok.
Une piste de 1480 mètres attendait mon oiseau de fer. Ce jour là le vent soufflait de la mer comme souvent, et nous décollons prenant de l’altitude et virant pour une direction N.E après avoir rentré notre train d’atterrissage .
Nous atteignons  progressivement mais rapidement une altitude de croisière de 5200 mètres pour une vitesse de 250 kilomètres heures. Quel spectacle de la haut, avec deux bémols tout de même, le bruit infernal  et le froid.
fw200-001fw200-007.jpg
Nous avions une connaissance parfaite de notre machine et savions que des bancs de brouillard stagnaient sur notre route, au niveau de notre contournement de la Suisse, mais sans inquiétude puisqu’ils se trouvaient à 4000 mètres en dessous de nous.
Il est 5 h 35.. Une secousse fait tanguer le FW 200 réveillant par la même occasion les passagers assoupis, avec simultanément le voyant du moteur extérieur tribord qui s’allume au tableau de bord. Inquiétude néanmoins, mais pas de panique. Malgré notre jeune âge nous sommes aguerris à ce type de problème. Et puis notre belle machine ne peut pas tomber avec un moteur en panne ! Nous avertissons nos autorités de nos difficultés, et décidons de réduire la vitesse sans en arriver au décrochage, et d’entamer une descente progressive pour nous poser à Dijon.
A peine cette décision prise, le second moteur se met à hoqueter et à rendre l’âme lui aussi, changeant évidemment les données du problème. La situation est beaucoup plus grave et critique. Que faire ? Le second pilote et moi - même essayons de garder ce fer à repasser en vol, tout en demandant au radio s’il y avait un endroit pour se poser. Nous étions malheureusement à l’aplomb de cette masse de brouillard et n’avions aucune visibilité du relief. D’après le plan de vol, nous étions au-dessus d’un massif montagneux, à quelques 20 kilomètres de la plaine et d’une piste située à Roanne
Nous allions y arriver, nous avions quelque peu la maîtrise de notre appareil, mais nous perdions de l’altitude très vite, trop vite. Aurions nous le temps de nous poser ? Les consignes en cas d’atterrissage forcé étaient, qu’il ne fallait pas sortir le train sous peine de capoter. Sachant que des terrains plats seraient à notre portée d’ici quelques longues minutes, peut être dans un geste d’optimisme ou de dernier recours j’effectuai cette manœuvre en vol. Descendre le train à cette vitesse ne risquait pas non plus de l’endommager.
“ Je ne sais pas où nous sommes ” répétais je d’une voie alarmante, avertissant les occupants qu’un atterrissage éminent et prématuré allait peut être avoir lieu, mais en espérant que la plaine allait nous ouvrir les bras. Tous les huit  croisèrent les bras en posant les mains sur leurs épaules, la tête baissée, les jambes relevées pour parer au pire.
Soudain……..   “ Mon dieu ” criai-je. Une masse sombre apparut brutalement,  et dans le même temps je me protègeai le visage avec mes deux bras. L’avion fut déséquilibré je ne sais plus si c’était par devant, sur le côté, nous venions de heurter des arbres. L’avion partit s’écraser dans la forêt, cassant tout sur son passage, se disloquant littéralement, se coupant en deux. Les morceaux s’éparpillant sur plusieurs centaines de mètres. Puis rapidement le feu, les munitions qui explosent, l’atrocité, les odeurs, le capharnaüm, les gémissements, l’enfer. Que sont devenus mes camarades, vais je mourir ? Malheureusement oui. Nous allions tous mourir, certains sur le coup, d’autres comme moi après agonie.
A 21 ans moi qui pensais accomplir mon devoir jusqu’à la fin de la guerre sans encombre, je l’ai fait jusqu’à la mort. Un bref rayon de soleil perça brièvement l’épaisse brume mêlée de brouillard et de fumée. J’ai vu défiler si vite ma courte vie, et je me suis assoupi à jamais.
Aujourd’hui du haut de mon nuage, pas de brume cette fois, mais d’éternité j’ai appris que nous avions rasé un hectare de forêt, que ce maudit brouillard anodin en plein mois de juillet est chose courante dans ces montagnes, mais surtout que mon histoire, notre histoire passionne.

Au début, des badauds sont venus faire leurs emplettes de souvenirs, et l’on nous a oubliés, abandonnés, car nous étions des ennemis, mais nous étions avant tout des hommes.
Aujourd’hui j’aurais 88 ans et je retrouve une certaine jeunesse là-haut. De vrais passionnés s’intéressent encore à moi, à mes camarades, à notre histoire. Ils écrivent, ils cherchent des indices pouvant les orienter sur les circonstances de cet événement. Je suis de là haut totalement ébahi, mais totalement impuissant. Ils ne m’entendent pas.

Un de ces amateurs a écrit une fiction . Il a compris que cet avion était pour moi toute ma fierté, toute mon arrogance, toute ma puissance, toute ma passion, toute ma vie, mais aussi ma tombe. Il est imprégné, il médite au point de deviner. Il est d’ailleurs venu s’incliner sur ma dépouille et celle de mes camarades avec respect et émotion.
Il n’est pas loin de la vérité. Un jour il atteindra son but, je l’aiderai.

Il n’est pas loin de la vérité, un jour je l’aiderai
Voici mes dernières pensées envers ce passionné. Il avait une partie des réponses à ses questions sous les yeux, mais sa soif de connaissances , son enthousiasme débordant ont occulté une chose essentielle. Lire tous les documents jusqu’à la dernière page.
Cela est probablement dû aussi aux méthodes modernes comme internet, car de là-haut je le vois parcourir rapidement, trop rapidement des pages et des pages en ne prenant que l’information recherchée sur le moment.
Aurais-je pu  comprendre cela si j’étais encore en vie ?
Dans sa réflexion, il a évoqué l’hypothèse d’une escale en Allemagne à Schwabish base arrière du KG 40, mais vite écartée. En tout cas supposition assez douteuse. En effet mettre en œuvre un tel appareil pour faire l’omnibus frôle l’utopie, même si en période de guerre la logique n’existait pas. Nous avions d’autres appareils pour faire cela. Quant à notre présence sur cet axe aérien, le danger était moindre par cette route qu’en passant plus vers l’ouest où les chasseurs ennemis étaient en présents.
Souvenirs, souvenirs
Quel moment exceptionnel ? Un instant mêlé d’émotion, de souvenirs, de frissons dans le dos.
Ce passionné m’a raconté son voyage sur les traces de mon passé.
Me voici à nouveau en train d’arpenter ce qui reste de la base aérienne de St Jean d’Angély – Fontenet, où venait ce poser « le magnifique » que je pilotais. Notre unité comprenait 12 avions de ce type.
ENTREE-CAMP.JPGDSCN6249

Aujourd’hui, il reste encore debout 2 hangars doubles à proximité de l’emplacement de la tour de contrôle et du poste de commandement. Ils ont bien évidemment retrouvés une jeunesse, gardés leur forme d’origine, mais servent maintenant au stockage d’engrais. Quant au reste, casernement, dépôt de carburant, aire de dispersion, hangars où venait stationner nos FW 200, il ne reste au sol que de nombreuses traces de nos infrastructures, enfin celles que nous nous étions accaparées. La végétation a repris le dessus, et poursuit petit à petit son œuvre de délabrement des souvenirs.
Malgré cette visite guidée m’ayant apportée un si grand panels de sentiments, je garde une petite amertume en sachant que l’histoire de ma caserne est en train de disparaître.
Pourquoi l’homme a rasé mon passé et en même temps mes souvenirs. Certes la population locale a subit notre présence, mais j’ai la quasi certitude que ce ne sont pas ces critères qui ont été retenus pour faire table rase du passé, mais plutôt un enjeu économique.
Ce passionné m’a raconté que des anciens ont la nostalgie de ne pas pouvoir garder ces traces, qu’ils ne comprennent pas l’utilité de faire autre chose à la place de ce qui existait déjà. Sous entendu que les vestiges de l’histoire ne se détruisent pas.
La folie des grandeurs, la fierté, la suffisance, la maladresse, l’incompréhension sont les mots qui reviennent régulièrement dans le langage de ces témoins.
De la haut je veux exprimer ma reconnaissance auprès de ceux qui veulent, par des écrits, des recherches, des documents, des archives, que mes descendants puissent peut être un jour savoir, et que se perpétue l’histoire
Quelques reliques

    Insigne BMW ( moteur BRAMO/BMW )
BOUCHON-MOTEUR-BMW-FOCK-WULF-200--1-.JPG

Différents cadrans
CADRAN-FW-200--2-.JPG
                  Une des 4 hélices
HELICE-FW-200--1-.jpg

 
                         Soupapes
SOUPAPE-FW-200--1-.JPG
Elément de dérive
VOILURE-FW-200--1-.JPG
                                                          Indicateur température ?
INSTRUMENT-FW-200--9-.JPGINSTRUMENT-FW-200--6-.JPG

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commentaires

J
Bonjour,
J'habite sur le Plateau de la Verrerie où se produisit le crash, très près des éoliennes actuelles,
avez vous le coordonnées GPS précises du crash ? Merci Jacques
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R
retrouver des photos du crash sur cette page: https://www.facebook.com/media/set/?set=oa.10154884183216851&type=3
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L
je m’intéresse aussi au carsh du FW200 de dec 43 en limousin
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C
Bonjour,

Merci d'avoir parcouru mon blog et merci de vos commentaires élogieux. Si vous faites allusion au crash du 11 décembre 1943 concernant le FW 200 C-3 du 8./KG 40, je suis interessé par une rencontre commune afin d'échanger sur ce sujet. S'il s'agit d'un autre avion, je n'en ai pas connaissance et vos infos attirent mon attention.
Laisser moi une adresse mail svp
cordialement

Philippe
L
excellent texte
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P
Bonjour Philippe, Nous sommes allé sur le site de celui ci aussi. nous avons trouvé des morceaux de matériaux proches de la fibre, des restes de tôles, et une bougie. C'était sur une coupe de bois. ..... catastrophique.
A bientôt de tes nouvelles
Bien amicalement
Philippe
L

Tout a fait passionnant !!! ... J'ai moi même partagé la même aventure en fouillant le site du crash du même type d'avion, de la même KG-40 mais tombé en décembre 1943 en Limousin, dans les mêmes
conditions... étonnant!

Bonne continuation et merci pour ce partage.


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